Enfermés dehors

Enfermés dehors
Film français. 2005. 1h28.
Sortie :5 Avril 2006
Réalisateur : Albert Dupontel
Avec : Albert Dupontel (Monique, Bernie, Odette Toulemonde), Claude Perron (Suzanne, Amélie Poulain, Bernie), Nicolas Marie (99 Francs, Zim and co)
Genre : Comédie
Histoire :Un SDF trouve un uniforme de flic et le met pour manger dans les cantines de police...
Mon avis :7,5/10. Après l'encartade du "Créateur", l'Albert Dupontel réalisateur, avec Enfermés dehors, revient avec un métrage dans la veine de Bernie, montrant toujours autant d'affection pour les doux-dingues. Ici Mickey Willis, le petit gars de la DDASS devenu psychopathe laisse place à un autrre abandonné du système, un SDF qui lui aussi va se faire jouer des tours par son côté "simple d'esprit". Si l'univers de Dupontel qu'on avait à l'époque découvert avec Bernie était déjà assez enthousiasmant, ici on passe sans aucun doutes un palier. L'humouriste cinéaste confirme bien qu'il a un style qui lui est propre et ne se gêne pas pour l'enrichir de nouvelles trouvailles, progressant également dans la mise en scène en nous livrant une partition virevoltante et des plus réjouissives dans ce secteur. On sent d'une part que pour ce film Dupontel a bénéficié d'un plus gros budget qu'il a su parfaitement mettre à profit, mais aussi d'un gage d'assurance encore plus fort qu'il doit entre autres à l'expérience qu'il s'est forgé depuis une dizaine d'années grâce à de nombreuses collaborations avec des cinéastes de grands talents comme Noé ou Jeunet mais aussi grâce à l'ami qu'il a trouvé en la personne du déjanté, cinéaste et humouriste brittanique, Terry Gilliam. Tous ces artistes on s'en aucun doute contribuer dans l'univers que s'est fabriqué Dupontel. Certains présentent son film comme une version trash d'Amélie Poulain, pour l'incroyable poésie qui se dégage des différentes situations décalés et des différents personnages souvent hauts en couleurs. Pour ce qui est du côté trash, nul doute que le savoir-faire de Noé en la matière a servit Dupontel, qui même dans des scènes d'actions surréalistes arrivent à reproduire l'impact réel et la violence des chocs.
Tous ces enseignements, acquis au cours de son parcours d'acteur, apportent sans nul doute un plus à l'univers graphique que l'ami Bébert s'est crée, un univers très cartoonesque et très haut en couleurs, aussi bien au sens propre qu'au figuré. Le réalisateur d'Enfermés Dehors avait la vrai volonté de réaliser une BD filmée et le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat est stupéfiant. Montage frénétique, mouvements de caméra épiléptiques, palette de couleurs très flashantes et utilisée de manière outrancière, tout y est pour que le spectateur se croit dans un épisode de Tex Avery revisité. On peut ajouté à cela, un personnage central immortel qui résiste à tous les accidents et à toutes les chutes même les plus extrêmes. Albert Dupontel joue les Buster Keaton, en mêlant burlesque et cascade réel, pour un résultat des plus bluffants qui ne manquera pas d'en scotcher plus d'un à son siège lors des multiples vols planés de notre héros et de ses chutes improbables. La mise en scène est incroyablement inventive et le cinéaste fait preuve d'une maitrise de sa caméra bluffante, de même qu'il possède une certaine aisance dans son montage. Il fait vivre son film à 100 à l'heure, la preuve ce que certains aurait mis 2h à développer, lui l'emballe en à peine 1h20, sa caméra se ballade selon ses désirs, lâche quelques ralentis ou quelques zooms assez clipesques avant de repartir de plus belle. Une maitrise technique qu'on ne voit pas souvent en France, qui plus est sur le marché indépendant. Pas étonnant alors de retrouver Terry Gilliam comme la principale inspiration de Dupontel. Ce dernier apparait comme le véritable pendant français du second, qui d'ailleurs n'hésite à faire une sympathique apparition en bébé accompagné de son acolyte Terry Jones. Cette filialité se fait autant dans l'humour burlesque que dans l'engagement politique de leurs deux oeuvres. Car derrière ces situations loufoques qui se succèdent, l'humour, de prime abord jouant sur le comique de situation seuleument, s'avère être d'une acidité incroyable sur le plan des mots. Le cinéaste trimballe un aspect social sur son dos qui s'avère être de plus en plus rare dans la paysage cinématographique français. Ainsi il fait des SDF, les héros de son film, eux qui sont pourtant plus que jamais en difficulté et occulté par des discours démagogiques qui restent les mêmes depuis des années. Mais fort de sa personnalité, Dupontel les traite avec une grande sympathie, ne tombe jamais dans le misérabilisme, il se montre très humble que ce soit sur ce plan ou quand il s'agit de déballer toutes ces influences qui finalement a parfaitement digérer pour en faire un tout très personnel et concret.
Si d'un point de visuelle le film s'avère être une perfection, scénaristiquement ce n'est pas aussi clair et net, l'ensemble passe pour assez anecdotique même si on doit bien reconnaitre que l'ensemble est vraiment très plaisant à suivre. On part d'un spitch très simple, un SDF bien amoindrit mentalement à force de sniffer de la colle trouve un uniforme de flic suite à un trip introductif des plus déments. Il en tire d'abord profit pour manger à sa guise à la cafet du QG de la police, puis est attiré par le discours émouvant d'une jeune femme dont l'enfant a été kidnappé par les beaux-parents. De là va naitre un énorme quiprocos qui va être l'intrigue principal du film, puisqu'en voulant aller récupérer le bébé kidnappé, notre SDF infiltré se laisse avoir par une homonymie qui l'emmène à se mettre à la poursuite d'un illustre banquier. Si l'intrigue comme ça n'a pas une originalité extrême, elle la gagne aisément grâce à sa belle brochette de personnages. Dupontel s'amuse à jouer avec les préjugés et les faux-semblants en faisant des habituels gentils les méchants et inversement. Ainsi il prend partie pour son SDF qu'il interprète lui-même avec un talent comique hors-norme, qui malgré ses bourdes et une aggrésivitée à la fois compréensive et hilarante, s'avère vraiment attachant puisqu'amoureux. Amoureux de qui? De Claude Perron, la muse de monsieur, à la fois banal et sensuelle, qui campe cette fois-ci, une vendeuse de sex-shop, ancienne star du X qui recherche déséspérement sa fille Coquelicot enlevé par des beaux-parents cruels mais pas si atroces que ça. Les rôles de vrais gros méchants reviennent alors aux banquiers et à tous le gratin du pôle financier regroupé autour du lit d'hôpital d'un de leurs aînées. Tous ceux-ci présentent un aspect de leur personnalitée particulièrement déjanté et participent à ce déluge de douce folie qui déferle sur le film propice à l'action mais pas seuleument puisqu'entre ces scènes là, bercés par l'excellent rock de Noir Désir (en instrumental), Dupontel en profite pour faire passer son message et son soutien à travers une oeuvre décidement politiquement incorrect.

Donne toi aussi ton avis sur ce film.

Bandes annonces
# Posté le mercredi 13 juin 2007 07:53
Modifié le dimanche 17 juin 2007 13:39

Bernie

Bernie
Film français. 1996. 1h27.
Sortie :27 Novembre 1996
Réalisateur : Albert Dupontel
Avec : Albert Dupontel (Serial lover, Irreversible, Président), Roland Blanche (Une époque formidable), Roland Bertin (Olé, Enfermé dehors, Monsieur Klein)
Genre : Comédie dramatique
Histoire :Quand il quitte l'orphelinat, Bernie Noël est âgé de trente ans. Il n'a qu'un seul but : connaître ses origines. Commence alors un parcours semé d'embûches pour ce garçon névrosé et déconnecté du monde réel qui va semer le désorde partout où il passera.
Mon avis :8/10. Première oeuvre et première coup de boule en pleine poire que nous assène Albert Dupontel. L'ancien humouriste reste fidèle à sa personnalitée, marqué par un humour noir très grinçant qui n'hésite pas à faire dans le satyrique qu'il l'avait installé comme le digne successeur d'un pan important de l'humour français dont la tête de proue était bien entendu Coluche. A l'instar de ce dernier Dupontel pratique l'humour noir consciencieuse et engagé, montrant à travers ses sketchs et maintenant ses films une partie de la France qu'on tente à tout pris de cacher, prenant le partie-pris de tout ceux qui sont dans l'ombre d'un système qui, vu de l'extérieur, parait être comme idéal et égalitaire. L'aspect social du film se matérialise à travers le parcours de Bernie, jeune orphelin, abandonné par ses "parents" dans une poubelle alors qu'il a tout juste quinze jours et qui va connaitre la rudesse de l'orphelinat, qu'il décrit mieux que quiconque avec ses mots, ce qui va le pertuber à jamais et faire de lui une personne de prime abord plutôt simplette et naïve mais qui va s'avèrer dans un second temps particulièrement instable, souffrant de troubles psychotiques assez avancés, laissant exploser sa colère à quelques moments de manière très violente. Une fois sortit de l'orphelinat à ses 30ans et 400 000F en poche, il va aller à la recherche de ses parents dévastant tout sur son passage.
Albert Dupontel avec une drolerie inimaginable a parfaitement construit son personnage qu'il sait particulièrement attachant à travers ses actions plus loufoques les unes que les autres. Bernie Noël, qui ne tardera pas de devenir un personnage culte, semble débarquer d'une autre planète. A l'instar d'un détenu de long durée il semble complètement déconnecté du monde réel, ce qui manquera pas de créer des situations vraiment caucasses que ce soit dans ses méthodes d'investigations, l'aménagement de son nouvel appartement, sa gestion de la vie amoureuse ou bien encore dans son apprentissage accéléré de la conduite. Usant de méthodes très persuasives (notamment un mangé de tête de canari mémorable), qui donnerait des frissons à la gestapo, Bernie obtient vite beaucoup d'aveux qui vont le mener sur la piste de son père d'abord. En faisant la rencontre de ce géniteur interprété par un Roland Blanche des grands jours, on comprend mieux comment un être tel que Bernie a-t-il pu être mis au monde. Son père encore plus fêllé et sadique (mais avec une conscience en plus pour ce dernier) que lui va l'amener sur les traces de sa mère qu'ils vont devoir sortir de son nouveau milieu embourgeoisé. Pour cela rien de mieux qu'une paire de pelles et on part pour une séquence mythique où sadisme et rire se mélange sans se contredire. En effet, intelligent comme il est Dupontel sait se tenir distancé de son action pour la rendre plus drôle en insistant sur son absurdité et cela ne manque pas de donner un bon nombres de scènes particulièrement noir mais aussi particulièrement drôle, également avec l'actrice Claude Perron qui intervient dans la seconde partie du film en junkie qui devient compagne de luxe de Bernie (entre temps convertit Mickey Willis). On peut ajouter à tout cela une maitrise technique impeccable, une inventivité dans la mise en scène très intéressante et des images virvoltantes qui font déjà penser à un cartoon ce qui se confirmera, dix ans plus tard avec Enfermés dehors. En définitive Bernie est une première oeuvre devenu culte grâce à son aspect complètement déjanté, son écriture malgré tout assez fine et intelligente, le tout rythmé par du bon rock.

Donne toi aussi ton avis sur ce film.
# Posté le mercredi 13 juin 2007 07:56
Modifié le dimanche 17 juin 2007 14:46

Irreversible

Irreversible
Film français. 2002. 1h39.
Sortie : 22 Mai 2002
Réalisateur : Gaspar Noé
Avec : Monica Bellucci (Mission Cléopatre, Le concile de Pierre, Les frères Grimm), Vincent Cassel (Ocean's 12, L'élève, Les rivières pourpres), Albert Dupontel (Petites misères, Fauteuils d'orchestres, Un héros très discret)
Genre : Drame
Histoire : Une jeune femme, Alex, se fait violer par un inconnu dans un tunnel. Son compagnon Marcus et son ex-petit ami Pierre décident de faire justice eux-mêmes.
Mon avis :8,5/10. Quand on évoque Irréversible on repense au tollé du public et de la critique à Cannes, à l'énorme controverse qu'il a provoqué lors de sa sortie, aux accusations de violence gratuite qui lui ont été faites et aux demandes de censure qui ont été effectuées. Gaspar Noé est un cinéaste qui est loin de faire l'unanimité mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'il a toujours su attirer l'oeil vers lui et déchainer les passions des débatteurs. Indépendant jusqu'au bout des ongles il a tout du provocateur avec ses projets undergrounds très proches du milieu pornographique, avec des projets courts tels que Destricted, Sodomites ou encore Good Boys use condoms qui, si ils s'inscrivent tous ou presque dans la lutte contre le SIDA (cheval de bataille du cinéaste en dehors de son travail dans la paysage plus traditionnel) restent ancrés dans l'univers très dérangeants et sans concessions de celui-ci. Après son court-métrage Carne, puis son premier long Seul contre tous, il reste toujours sur la même ligne directrice, tout en gravissant les échelons, avec son second effort Irreversible, très certainement son chef d'oeuvre grâce à une athmosphère terriblement pesante, diaboliquement bien construite, et une maitrise technique de tous les instants. Il s'octroit un petit moment de répit en adressant un double clin d'oeil à Philippe Nahon, qui reprend son rôle qu'il avait la dyptique Carne/Seul contre tous de boucher incestueux, et à Stéphane Drouot, réalisateur culte pour Noé de Star Suburb et qui joue ici le compagnon de cellule de Nahon, avant de rentrer dans le vif du sujet en nous plongeant la tête dans la cuvette du WC tout en nous laissant sadiquement des petites bouffées d'airs afin de faire durer le suplice. On pénètre donc dans cette boite SM-gay, sobrement intitulé le Rectum, un lieu sordide, où malgré le très peu d'éclairages on peut distinguer la crasse sur les murs et la vetusté des locaux, on y retrouve un Vinz' Cassel en furie à la recherche d'un homme avançant dans cette athmosphère très glauque et oppressante où les mouvements de caméra de Noé très épileptique accompagne parfaitement la musique électro abrutissante. Ce premier long plan séquence d'une dizaine de minutes se termine par le meurtre atroce d'un habitué du club à coups d'extincteur par Albert Dupontel qui a réduit la tête de sa victime en véritable bouillie, sans que rien ne nous ait été caché. La ménagère de moins de 50ans a déjà dégobillé l'intégralité de son plateau repas, sa fille fan d'Orlando Bloom s'est elle complètement evanouit alors que le fils fan de Booba et qui d'habitude joue au gros dur sent lui aussi des remontées gastriques le titiller jusqu'à l'inévitable.
Et oui, du Gaspar Noé ça remut il n'y a pas de doute! Si avec Irreversible il ne nous livre peut-être pas le film le plus violent du 7e art, il est d'ores et déjà rentré dans l'Histoire à cet égard. Si l'action s'avère en elle-même déjà ultra violente semblant sortir directement des pires cauchemars de Noé, celui-ci amplifie l'impact de la violence par sa mise en scène très spécifique qui ne manquera pas d'en laisser beaucoup sur le bord de la route. Ainsi l'oppression que le cinéaste exerce sur nous par ses images frénétiques s'avère psychologiquement plus dur que la violence de l'action en elle-même, en témoigne la descente aux enfers dans les premières minutes du film. Cette partie là est filmé de manière particulièrement virvoltante. On a déjà vu des caméras qui avaient la bougeote, mais ici on semble pris dans une valse qui nous promet des voltiges à 360°, qui plus est dans un fond sonore souvent aggresif, tout au long de plans séquences imposants (10minutes de moyenne), où se cachent des raccords invisibles et des centaines d'effets numériques pour cacher les défauts, et qui nécéssitent surtout une totale concentration des acteurs avec l'interdiction de fausses notes de leur part. Le fait qu'ils improvisent la plupart des scènes leur permettent de rendre parfaitement crédible leurs personnages qui agissent très naturellement (rien de théatral dans leur jeu) et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils excellent vraiment réalisant une de leurs meilleures prestations que ce soit Cassel, Dupontel ou Belucci (ravit qu'enfin sa spontanéité resorte). Celle-ci étant mise à contribution dans la seconde scène choc du film, celle qui a fait tant parler, celle du viol, une scène que si elle n'est pas entièrement réaliste, en donne clairement l'impression par sa dureté extrême. une impression amplifié par l'excellente prestation des deux interprètes qui ne se sont pas débinés dans une scène qu'on imagine très dure à jouer, éprouvante psychologiquement aussi bien pour eux que pour nous, et qui ont laissés jaillir tous leur instinct primaire dans celle-ci. La longeur de cette scène, bénéficiant d'un plan fixe de dix minutes pour le moins explicite, met le spectateur face à ce qu'il demande : de la violence, la plus crue possible. Il se joue véritablement de son spectateur, le prend à son propre jeu, le dégoute par cette surenchère, qui cache une véritable réflexion sur la manipulation des médias. Cela se confirme, dans le final qui sonne comme une sorte d'happy-end heureux, une véritable ôde à l'amour, alors qu'en réalité chronologiquement tout ce qui nous est montré là s'est déroulé en premier lieu. On en vient à être heureux, les personnages sont plus que jamais attachants, on oublie petit à petit ce qu'on a vu auparavant. Ca y'est on est piégé.
Autant donc dire qu'Irreversible n'a rien du film gratuit et provocateur sans fond. Malgré la forme très libre de l'oeuvre qui part d'un maigre scénario "viol & vengeance", on a le droit à une puissante réflexion, fine et intelligente qui transplante l'effet trash et subversif du film. Rien n'est anodin, l'exercice de style impeccable du réalisateur et la violence sont le ciment de l'oeuvre. L'inversement chornologique de l'oeuvre emprunté à Memento scène par scène, s'avère parfaitement logique, apporte quelque chose de plus à tel point qu'il en devient essentiel. Il permet en premier lieu au réalisateur de manipuler son auditoriat pour lui montrer qu'à travers un média quelle qu'il soit on peut montrer ce que l'on veut, insister sur les points que l'on veut et chosir la fin qui nous avantage le plus. Si on ne peut pas vraiment désigner l'acte de Noé comme une dénonciation, on peut dire qu'il expose la violence par la violence, démontrant toute la cruauté et l'aspect animal de l'Homme qui même si il croit pouvoir retenir ses pulsions aussi bien sexuelles que violentes n'est pas à l'abri de vivre les situations auxquelles ils nous exposent que ce soit du côté de la victime ou du coupable. Sa vision très noir de l'être humain, pour qui tout semble joué même quand tout semble aller bien, n'est pas sans rappeler un cinéaste comme Peckinpah que Noé adore tout particulièrement. Pour autant même si le fatalisme est de mise, tout n'est pas si noir. L'amour vient s'initier dans le film, il est d'ailleurs la cause du désastre. D'ailleurs, il n'est pas sans rappeler le couple d'Eyes Wide Shut (à force d'afficher Kubrick comme référence ça devait arriver), d'une part puisqu'il existe aussi bien à l'écran qu'en dehors (Cruise/Kidman laisse place à Cassel/Belucci), mais aussi et surtout dans son apparence idyllique qui pourtant cache un certain malaise, preuve que "le temps détruit tout", qui ne manquera de faire naitre les sentiments de culpabilité chez l'homme lors du viol de sa femme et qui pour l'effacer au plus vite va se venger, se qui ne changera rien puisque le véritable coupable est toujours vivant le sourire narquois.

Donne toi aussi ton avis sur ce film.

Bandes annonces
# Posté le mercredi 13 juin 2007 07:59
Modifié le lundi 18 juin 2007 15:00

Seul contre tous

Seul contre tous
Film français. 1998. 1h33.
Sortie : 17 Février 1999
Réalisateur : Gaspar Noé
Avec : Phillipe Nahon (Haute tension, Virgil, La haine), Paul Abecassis, Roland Guéridon
Genre : Drame
Histoire :La derive d'un ex-boucher chevalin, d'abord a Lille, puis a Paris ou il s'installe a l'hotel de l'Avenir et tente de refaire sa vie. Peu a peu, il se replie sur lui-meme. Sans un sou et avec pour seul compagnon un revolver charge de trois balles, il ne voit plus clairement quel est le moteur de sa vie. Son ventre lui crie de se nourrir. Son cerveau lui ordonne de se venger. Quant a son coeur... Au bout du tunnel, l'imprevu surgit toujours.
Mon avis :8/10. Seul contre tous s'affiche dans la parfaite continuité de son prédécesseur Carne est cela malgré les huit ans qui les séparent et les près de trois ans de tournage du à des arrêts intempestifs à cause du manque de budget. L'histoire reprend là où on s'en été arrêté, avec en prime un petit résumé des épisodes précédents de toute beauté qui nous donne le droit à un premiers monologues mythiques, d'une longue série, d'un cynisme hors du commun. Le ton reste exactement le même, l'écriture est toujours aussi pointilleuse et forte, même si fortement inspiré de discours de pilier de bar entamant leur vingt-cinquième tournée. Mais où la continuité s'avère plus étonnante c'est dans l'image qui semble s'être arrêté à Carne et qui a repris pour Seul contre tous, puisque, outre quelques améliorations techniques bien normal, Gaspar Noé reste exactement sur la même ligne directrice avec toujours un résultat des plus réjouissants. C'est avec un grand plaisir qu'on retrouve Phillipe Nahon, acteur sous-employé révélé sur le tard par Noé, qui écrase de son charisme le film, son caractère et son faciès neutre lui permettant d'être tantôt doux tantôt violent, et qui s'avère au final particulièrement touchant au delà de l'atrocité de son personnage. On avait quitter le boucher entrain de tabasser sa grosse femme (une Frankye Pain convaincante dans un rôle peu gratifiant) et on le retrouve à peu près dans la même posture, n'ayant malheureuseument pour lui par encore réussit à la faire avorter. Celle-ci avec la complicité de sa mère, chez qui ils habitent désormais, vont contribuer à faire de nouveaux pétés les plombs au boucher qui va durement les tabasser avant de prendre la fuite jusqu'à sa banlieue parisienne natale où il se sent mieux à l'aise. Le spectateur quant à lui est toujours aussi dérangé par cette ambiance malsaine qui plane au dessus du film et par l'athmosphère glauque dans laquelle on baigne. Une fois de plus nombreux seront ceux tentés par prendre la fuite, rebutés en premier lieu par l'acidité extrême des incessants monologues qui virent souvent au nihilisme et qui dénote une haine incurable de l'espèce humaine de la part du boucher, alors que certains pourraient être lasser par leur redondance.
Ces soliloques qui parsèment le film dénotent l'isolement morale du personnage, abandonné par la société, isolé de sa fille, le seul être pour lequel il avait un amour tendre et vrai. Le boucher est de plus en plus instable, il semble cette fois-ci avoir complètement franchit le pas de la folie, la bête a pris le dessus sur l'homme. La plupart de ses pulsions ne sont encore que fantasmes, malgré quelques éclatements de colère marquant (l'ouvrier, la grosse et sa mère), mais ils se font de plus en plus présents et de plus en plus oppressants comme ces pulsions vengeresses qu'il connait envers le chef de l'abattoir qui refuse de l'embaucher et contre un barman et son fils vace qui il a eu une altercation. On est vraiment placé au plus près de l'action dans la boite cranienne du boucher. L'adoption de son point de vue nous bouscule et nous permet d'apprécier au mieux son malaise et sa torture mentale. En cela la dernière séquence où le boucher et sa fille se retrouve dans une chambre d'hôtel apparait comme un petit bijou dans le film. Grâce à un montage frénétique rythmé au son de JS Bach, le malaise atteint son summum : la jeune fille est défleuré puis tuer sauvagement, nous sommes en pleine fantasmagorie, le fantasmatique et le réel non plus de frontières clairement dessinés, jusqu'au dénouement le spectateur se trouve dans le flou le plus total. Toujours est-il qu'on en ressort barbouilliés mais pas mécontents, puisque Seul contre tous s'avère être une remarquable plongée tortueuse dans un esprit dérangé qui au départ ne l'était pas ou essayait de refouler ça au plus profond de lui. Ainsi on a rattaché à tort les idées du bouchers avec celles de Noé, ce dernier n'épousant pas la haine de l'être humain, ni les monologues corrosif du premier cité. Il faut dire que le culte du cinéaste, notamment au Japon où il est adulé, se fait par des personnes s'identifiant aux pensées nihilistes du boucher, ce qui peut amener le doute. Mais c'est le prix à payer pour Noé, le plus atypique des humanistes, qui, même si il ne semble pas avoir beaucoup d'espoirs, espère créer un électro-chocs chez ses spectateurs en les plaçant devant le pire de l'espèce humaine, en insistant sur le fait que le genre de situations auxquelles sont confrontées ses personnages peuvent très bien arriver à n'importe qui.

Donne toi aussi ton avis sur ce film.
# Posté le mercredi 13 juin 2007 08:02
Modifié le mardi 26 juin 2007 05:22

Carne

Carne
Film français. 1991. 40min.
Réalisateur : Gaspar Noé
Avec : Phillipe Nahon (Les rivière pourpres, Les visiteurs 2, Irreversible), Blandine Lenoir (Sauf le respect que je vous dois, Hauts les coeurs!), Frankye Pain (Il étais une fois dans l'Oued, Le pacte des loups, Amélie Poulain)
Genre : Drame
Histoire :La fille du boucher, devenue une jeune femme, retrouve un jour son père, alors que sa jupe est tachèe de sang. Il croit à un viol et c'est le début d'un tourbillon de haine sans fin.
Mon avis :8/10. Après deux courts métrages que sont Tintarella Di Luna et Pulpe Amère, qui ont depuis leur sortie pratiquement disparus de la circulation, Gaspar Noé s'attaque à son premier moyen métrage, faute d'un budget nécessaire pour un long, qui va s'avérer être sa première oeuvre maitresse qui ne tardera pas à devenir culte. Et ceci dès sa projection à la semaine de la critique de Cannes où il fut sacré et où il créa déjà le scandale, attirant l'interêt comme seul les grands films savent le faire grâce (ou à cause) de ce côté dérangeant qui ne laisse en aucun cas insensible. Ce qui trouble avant tout dans Carne c'est biensur la relation incestueuse qui existe le boucher, narrateur et personnage principal, et sa fille, une adolescente muette atteint d'une certaine forme d'autisme. L'univers malsain de Noé est perceptible dès l'entame du film : la scène d'un cheval est tué et dépecé dans un abattoir précède, et est mis directement en parallèle, avec la scène d'accouchement très explicite qui suit, d'où se dégage un certain barbarisme fidèle à la représentation humaine que Noé nous fait. Que ce soit pour son caractère sexuel ou violent, Noé mise avant tout sur un réalisme à tout épreuve qui ne manquera pas d'en faire fuire plus d'un et d'acculer les plus courageux dans le coin du ring. Le cinéaste met son spectateur mal à l'aise, le met en face de la réalité très cruement traitant son histoire avec toute la froideur d'un fait divers. Dans sa mise en scène on ressent cette opression qui le caractérise grâce à un style très concit et ingénieux mettant en évidence les objets de mal être. La crasse et l'horreur qui se dégage de son histoire s'illustrent à l'image par une photo très sale, reprenant un jaune graisseux et le rouge virant au marron identique à l'hémoglobine désséché de la viande que le boucher découpe.
Carne traite donc de la lutte d'un personnage, sommes toute banal, face à ces pulsions. Les aspects déviants de notre société qui apparait dès l'entame, à travers le particularisme français de la viande chevaline, et qui se poursuit à travers l'histoire d'inceste, de la relation homosexuel en prison et de la sodomie de la bonne femme ensuite, sont omniprésents, comme autant de tentations malsaines pour notre personnage. Il ne tardera pas à céder à ces pulsions passant ainsi du côté des malades mentaux. Si il semble d'entrée plus pertubé que la moyenne, lavant et habillant sa fille adolescente, il franchit vite le pas en agressant violemment un ouvrier du batiment qu'il croyait responsable du viol de sa fille après avoir aperçu une tache de sang sur sa jupe alors qu'il ne s'agissait en faites que de l'apparition de ses premières règles. La particularité du film, ce qui fait à la fois son originalité et son côté dérangeant, c'est qu'il adopte le point de vue, sans l'épouser, du boucher. Un procédé qui n'est pas sans rappeler celui adopter par Scorsese dans Taxi Driver ou par Gerald Kargl dans Schizophrenia. Le film autrichien qui prenait le point de vue d'un serial killer et qui fut interdit pour sa violence est l'une des principales sources d'inspirations de Noé notamment pour ce qui est de l'utilisation intensive de la voix-off qui prend la plupart du temps la forme de soliloques ou de monolgues que fait le boucher sur le fonctionnement de la société et de l'être humain. Le boucher se présente comme un être d'une tristesse profonde qui vit modestement de son activité de boucher chevalin visiblement peu rentable, qui élève tout seul sa fille depuis sa naissance. Cette situation sociale et familiale difficile vont nourrir sa une vision extrêmement noir du monde et vont être les éléments clefs de sa chute. Le fait d'adopter son point de vue, plutôt que de constater de manière factuelle ses actions, ajouté au caractère très neurtre de Phillipe Nahon, auquel on a pas de mal à s'attacher malgré la répulsion de ses actes, ont pour conséquence d'humaniser le monstre et de donner au film une bonne dose de réalisme qui a pour effet d'intensifier l'horreur.

Donne toi aussi ton avis sur ce film.
# Posté le mercredi 13 juin 2007 08:04
Modifié le lundi 25 juin 2007 11:57