Chiens de paille

Chiens de paille
Film américain. 1971. 1h53.
Réalisateur : Sam Peckinpah
Avec : Dustin Hoffman (Macadam Cowboy, Little big man, Tootsie), Susan George (Les dents d'acier, Madingo, La rage au coeur), Peter Vaughan (Kiss kiss bang bang, Les misérables, Moi, Peter Sellers)
Genre :Drame
Histoire :David, jeune mathematicien, fuit l'Amerique et son atmosphere orageuse. Il emigre en Cornouailles ou il est confronte des son arrive a l'agressivite des autochtones. Atteint dans ses convictions, il aura lui aussi recours a une violence qu'il combat.
Mon avis :8,5/10. Les années 60 pour Peckinpah rime avec western mais aussi avec désespoir et déchéance, suite à ses multiples échecs commerciaux et ces divers lynchages publics qui ont paradoxalement aboutis par le magistral "Wild Bunch" au lieu de l'achever, un film qui fut le résultat de cinq années où plus personne ne voulait de lui, où il vivait comme un véritable paria. Mais cette expérience douloureuse semble avoir endurcit l'homme, plus décider que jamais à maltraiter l'espèce humaine. En ce début d'années 70 il semble résolut à quitter un genre qu'il l'a vu grandir et qui l'a bien souvent maltraité. Il ne veut plus, pour un temps tout du moins, bouffer la poussière du désert americano-mexicain. C'est dans cette optique qu'il s'exile dans les Cournouailles, au sud-ouest de l'Angleterre, dans une région aux affinitées écossaises. C'est là qu'il y installe l'intrigue de son nouveau film, Chiens de paille, sans conteste son oeuvre la plus aboutie. Même si il installe son action à des milliers de kilomètres d'El Paso, l'esprit reste le même, la trame dramatique reste toujours le principal moteur du film. L'ambiance du western n'est jamais, elle est même saisissante lorsqu'on rentre pour la première fois dans le pub du village où semble tout à coup transporté dans d'autres lieux et d'autres temps, dans n'importe quel saloon du far west du 19ème siècle, avec son barman, ses joueurs de cartes, ses mines sales et vilaines. Il ne manquerait plus que les danseuses et le tableau aurait été complet. Au delà de cette impression initiale, tout le film semble eimpregné par l'influence du western, dans cet affrontement sans fins, qu'il soit psychologique ou physique, entre les autochtones et "l'américain". On assiste à une sorte de remake du cow-boy et des indiens, l'auteur s'amusant d'ailleurs avec les clichés que ce genre d'histoires comportent.
Alors qu'on peut souvent reprocher à Peckinpah des scripts inabouties, ou tout du moins un peu bancales, surtout dans les oeuvres post-Straw Dogs, l'histoire de David et des autochtones s'avère être d'une efficacitée remarquable et surtout diablement bien construits en deux parties bien distinctes. La première, la plus longue, se présente comme une succession d'aggressions psychologiques, le nouveau venu, où qu'il aille se fait charier, il se fait snober, subit les moqueries dans son dos. Ces efforts d'intégration sont vains et sont particulièrement drôle, puisqu'on le voit véhiculer tous les clichés que l'on peut avoir de l'extérieur sur la région (la cornemuse, le double scotch,...), attirant le mépris indirect de ses voisins. L'athmosphère qui règne durant cette partie là du métrage est particulièrement bien travaillé, la tension est palpable grâce aux infinis non-dits qui ne font que retarder l'échéance. Le rythme lent devient alors propice à l'envoutement. Si on sent la présence d'une ambiguïté dès le début du film, le sentiment de gêne va s'accroitre aux fils des minutes. C'est d'abord le groupe chargé de la construction du garage de David et de sa femme qui inquiètent. Puis vient le moment des avertissements : le chat est retrouvé mort dans le placard puis vient la scène du film, summum de l'ambiguïté puisque la victime semble devenir consentante, ce qui ne manquera pas d'en faire rire un ou deux à l'occasion. Cette scène est sans aucun doute le petit bémol du film puisqu'elle tend à déscréditer tout le reste, elle va devenir d'ailleurs un des vices du réalisateur lors de ses prochains films où on aura à faire à des situations similaires. Elle est le symbole de la mysoginie du cinéaste qui pour le coup n'est pas caché, c'est à la fois un des charmes et un des objets de discorde de Peckinpah. Ici il nous offre certainement le rôle féminin le plus aboutie de sa filmographie. Amy, interprété avec justesse par Susan George, représente tout à fait l'image que Peckinpah c'est fait des femmes aux fils des années et aux fils de ces désilussions amoureuses. La femme est charmante et vulgaire : à la fois objet de fantasme purement sexuel mais elle est aussi traité comme une reine. Elle passe de l'innocence à la manipulation. Même si les personnages féminins présent dans l'oeuvre de Peckinpah sont souvent caricaturaux et baclés, ils sont la clef de la déchéance des autres personnages. Ici Amy, épouse de David, est la convoitise de tous.
Indirectement elle sera donc la cause du déferlement de violence de la seconde partie du film. Quarante-minutes qui donnent un avant gout du genre survival qui a éclaté dans les années 70 et qui est l'objet tout particulier des teens-movies horrifique de nos jours. Ultra-violence et suspense se mêle pour un ensemble stressant comme rarement et qui s'inscrit par l'apogée de la déchéance humaine dans l'oeuvre de Peckinpah. La réalisation qui était jusque là plutôt classique, profitant des beaux paysages de la campagne anglaise, monte clairement d'un cran. Si lors de la scène du viol on avait déjà pu apprécié un montage au couteau d'une rare efficacitée, ici on a droit à une leçon de mise en scène et de montage qui va durer près de quarante minutes donc où la maison isolée de David et de sa femme va être assiégé par une bande d'autochtones qui accusent David d'avoir recueillit un assassin. La caméra à l'épaule tremblante, nous offrant des plans bancals agrémentés d'une photo digne des films d'horreur finissent de nous emporter dans cette déferlante violente et oprressante. On va assister à l'un des plus saisissants changements de personnalitée auquel on a eu droit au cinéma, sans être risible pour autant grâce au grand talent de Dustin Hoffman, surement dans l'un de ses meilleurs jours. Lui qui campe David, un mathématicien très doué et pacifiste, va se transformer en véritable bête sanguinaire, animé par l'esprit de vengeance quand il apprend que sa femme a été victime de viols. Il met à profit son QI pour piéger ses enemis un à un et les éliminer dans une débauche de violence impressionante encore aujourd'hui et qui n'a pas manqué d'en choquer plus d'un à sa sortie (avec notamment la mort avec le piège). La fin est elle aussi remarquable, puisqu'une fois le carnage terminé, David ne semble plus vouloir décrocher de la violence, il est définitivement devenu une bête sauvage. Encore une fois le message cynique et nihiliste de Peckinpah fait mouche, dans une étude psychologique des plus intéressantes qui met à mal l'être humain.

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# Posté le jeudi 07 juin 2007 12:47
Modifié le mercredi 13 juin 2007 09:59

Guet-Apens

Guet-Apens
Film américain. 1972. 2h02.
Sortie :Février 1973
Réalisateur : Sam Peckinpah
Avec : Steve Mc Queen (Papillon, La tour infernale, Bullitt), Ali McGraw (Le convoi)
Genre : Policier
Histoire :En échange de sa liberté, le détenu Carter McCoy doit à sa sortie de prison réaliser le hold-up d'une banque pour le compte de Jack Benyon. Après avoir abattu son complice Rudy Butler qui avait tenté de le tuer, il s'enfuit avec sa femme et l'argent volé à travers les Etats-Unis.
Mon avis :7,5/10. A l'instar d'un Steven Spielberg, avec son Sugarland Express (74), Sam Peckinpah lui aussi réalise son road-movie mettant en scène un couple en cavale avec Guet-Apnes, s'insérant dans la brèche de l'énorme succès de Bonnie & Clyde (69). Et la réussite, qui avait tendance à fuire Peckinpah au fil des années est enfin au rendez-vous, un véritable succès public s'ajoutant aux éloges critiques habituelles (surtout en Europe). Les raisons de ce succès on les trouvent surtout dans l'aspect assez consensuel du film, qui il faut bien le reconnaitre n'est pas l'image que renvoit habituellement le cinéaste américain. Ce qui choque immédiatement avec The getaway, c'est ce sentiment d'avoir à faire à un film batard, tantôt lisse et politiquement correct, virant sur certains points à l'incrédibilité la plus totale, puis revenant à un univers noir, cynique et misantrope qui sied beaucoup plus à Peckinpah. Cette impression est du avant tout à la grande gestation du projet qui a tourné de mains en mains, avec des intentions contradictoires concernant l'histoire selon les différentes personnes qui ont participés au scénario. A l'origine il s'agit d'un roman "Lien conjugal", écrit par Jim Thompson, un romancier très proche de l'univers de Peckinpah et qui fut dialoguiste un temps pour Kubrick. Mais voilà les droits filent entre les doigts du réalisateur de "La Horde sauvage" et revient au producteur Robert Evans, ponte de la Paramount, qui confie le scénario à Bogdanovich puis Walter Hill, qui édulcora grandement l'histoire initial. Finalement le projet revient dans les mains de Peckinpah, le premier intéressé mais McQueen qui en a les droits ne souhaite pas revenir à une histoire plus noir, mais compte bien garder le scénario lisse de Hill, ce qui serra finalement le cas. De fait, on ne peut distinguer de ligne directrice à ce film, il ne suit pas une seule et même logique, mais on procède à une rencontre des styles.
La première partie, un peu faiblarde il faut bien le dire, nous conte le braquage, on ne peut plus classique, d'une banque où 750 000 $ doivent attendre gentillement dans les coffres. Toute cette première partie manque clairement d'interêt que ce soit dans la préparation du braquage ou dans l'acte en lui-même. Il permet cependant d'installer les personnages, et plus particulièrement le couple central qui bénificie de la meilleure écriture. On retrouve le charismatique Steve McQueen dans un rôle qui lui sied à merveille (qui a pour principales caractéristiques d'être ténébreux, sensuel, mysogine et taciturne), associé à la charmante Ali McGraw, qui tient bien la route même si elle a du mal à exprimer la nuance de son personnage (pour l'anecdote son mari producteur voulait l'a voir jouer aux côtés d'une grande star, mais malheureuseument pour lui, McQueen la fera craquer pour lui). Ce couple est à l'image du film, coincé entre un romantisme assez lisse et grand public, et un côté nihiliste dans la pure veine de Peckinpah. Après le braquage ces deux là, vont partirent dans une cavale interminable qui aura tendance à tourner en rond mais qui ne manquera pas d'interêt, grâce à un regard très cynique sur la situation qui s'installe, avec la mise en avant de l'égoïsme et de l'individualisme de tous les personnages, même au sein du couple où une trahison n'est jamais bien loin malgré l'amour certain qui existe entre ces deux-là. Toute cette cavale est particulièrement bien rythmé, avec des péripéties qui ne manquent de faire monter la pulsation du spectateur.
A la mise en scène Peckinpah maitrise totalement son sujet, toujours inventif et plaisant, tirant le meilleur d'un montage au cordeau, avec en prime un joli effort sonore de Quincy Jones. Il n'édulcore jamais la réalité des faits, les scènes de violence obtenant toujours l'effet choc escompté (surtout sur le géniallisime gun-fight dans l'hôtel), alors que les scènes d'action purs sont d'une remarquable maitrise (courses poursuites de grande classe). De plus il n'hésite pas à amener ces personnages dans la crasse comme lors de cette mémorable virée dans la benne du camion poubelle. Parallèlement, on suit les courtes péripéties des personnes qui sont à leur poursuite, que ce soit ceux qui ont montés le coup et qui souhaitent revoir leur argent ou le piégeur piégé Rudy Butler. L'histoire de ce dernier qui prend un otage un couple de vétérinaires dont la femme devient son amante, fait complètement tâche dans le scénario, puisque même si elle est plutôt plaisante grâce au fougeux Al Lettieri et la blonde stéréotypé à l'extrême Sally Ann Struthers, elle passe pour totalement incrédible car elle est en totale décalage avec l'esprit du film. Le final retombe un peu dans les travers de la première partie, avec un happy-end mielleux et mexicain qui ne suit pas la logique de l'évolution du couple qui s'était opéré dans la seconde (et majeure) partie. Malgré ces défauts d'ordre scénaristique principalement qui empêche au fil de suivre une logique, Guet-Apens reste tout de même un film d'un très bon niveau avec des scènes remarquables où Peckinpah laisse éclater son talent, même si on le sent quelque muselé le reste du temps.

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# Posté le jeudi 07 juin 2007 12:49
Modifié le mardi 12 juin 2007 04:04

Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia

Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia
Film américain. 1974. 1h52.
Sortie :11 Janvier 1975
Réalisateur : Sam Peckinpah
Avec : Warren Oates (Coupes de feu dans la Sierra, 1941, La ballade sauvage), Isela Vega (Drum)
Genre : Policier, Thriller
Histoire :Dans une hacienda mexicaine règne El Jefe, un riche et puissant propriétaire foncier. Sa fille étant tombée enceinte, il la torture pour qu'elle lui révèle le nom du séducteur : Alfredo Garcia. El Jefe offre alors une récompense d'un million de pesos à qui lui rapportera la tête de l'homme en question.
Aussitôt accourent des aventuriers venus des quatre coins du pays. Benny, un minable pianiste de bar américain également alléché par la prime, apprend la nouvelle par deux tueurs, Quill et Sappensly. Or, Alfredo Garcia a été l'amant de son actuelle compagne, Elita. Celle-ci lui avoue que Garcia est récemment mort dans un accident de voiture. Benny l'oblige alors à le conduire sur sa tombe.
Mon avis :7,5/10. Les débuts des années 70 sonnent comme une période faste pour le réalisateur Sam Peckinpah, avec pas moins de cinq long métrages réalisés en tout juste trois ans, ce qui ont doit l'avouer est une moyenne hors norme. Parmi ces films réalisés lors de cette période on retiendra le dernier western du cinéaste, Pat Garrett & Billy the kid, et biensur ces deux roads-movies sanglants que sont Guet-Apens et Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia, qui auront à eux deux particulièrement influencés tout un pan de la nouvelle génération de cinéastes américains qui sont apparus dans les années 80/90 (les Frères Coen et Tarantino entre autres), et même un cinéaste comme John Woo pour ce qui est de l'art du gun-fight. Ce qui réapparaitra dans les différents films inspirés de son oeuvres, et plus particulièrement dans les roads-movies, c'est avant tout cette athmosphère typique du western que Peckinpah a su importer dans des histoires contemporaines. Ainsi "Bring me the dead of Alfredo Garcia" s'apparente à ce qu'on pourrait définir comme un western moderne ou plus exactement un road-movie crépusculaire en référence au western crépusculaire dont Peckinpah est l'une des têtes de proues. Il a su intégrer dans toute ces histoires l'athmosphère de ce genre cinématographique, cousin du western spaghetti. Ainsi on se retrouve coincé dans le désert mexicain tout proche de la frontière etasunienne, ce qui ne manque pas de rabibocher les vieilles tensions yankees/chicanos (une constante chez le cinéaste). De la poussière jaillit dans le plus pur anonymat, un personnage typé, à la fois sale et charmeur avec sa petite moustache, son costard gris et ses Ray-Bans, qui traine dans sa main un sac qu'on imagine puant et qui ne manque pas d'attirer les mouches en plein cagnard. La crasse nous colle à la peau, il fait lourd, et d'un coin à l'autre du désert, notre anti-héros typique qu'est Benny se traine de manière quasi fantomatique à la recherche de la prime. Le ton du film est lui aussi typique des westerns peckinpiens, avec un cynisme jusqu'au boutiste aux portes du nihilisme.
Le scénario à la base est ultra-simpliste, il tient dans le titre. Benny par à la conquête d'une coquette prime, étant le seul à savoir où Alfredo Garcia se terre. Mais ce qui devait être un joli bonus sans risque sur le salaire de ce pianiste raté, va vite se transformer en descente aux enfers. Et dans l'univers imminament machiste du cinéaste, c'est la femme qui mène à la perte de l'homme. C'est d'abord Alfredo Garcia signe sa perte en mettant en cloque la jeune fille d'El Jefe, puis c'est ensuite Benny, qui va entrainer sa bien-aimée vers la mort, après avoir assister à son viol par deux motards (ce qui permet à Kris Kristofferson de faire une apparition), pour une scène pour le moins ambigüe qui ne fait pas vraiment avancer nos affaires et qu'on ne s'explique pas bien (comme c'était déjà le cas dans Guet-Apens et Chiens de paille avec des scènes similaires), qui il est clair s'inscrit dans la vision totalement subjective de la femme que se fait l'auteur, entre la princesse et la putain, chacun de ces rôles féminins principaux passant souvent par les deux états. Suite à la mort de sa femme (une Isela Vega bien fade), Benny tombe dans une certaine schizophrénie, ne parlant plus qu'à la tête d'Alfredo Garcia, offrant à celui-ci l'occasion de se racheter par son intermédiaire. Benny pour qui la vie n'a plus de sens va tomber dans une certaine folie meurtière, ce qui pour le spectateur signifie 2-3 gun fights de très haute volée où Warren Oates (bon dans l'ensemble) fait valoir sa jolie précision de tir. Tout ce pessimisme face à l'être humain montré sous sa face la plus sombre, ultra-violente, Sam Peckinpah sait le montrer avec un savoir-faire hors du commun, sa mise en scène appuit parfaitement son propos, nous offrant des séquences de toute beauté, valorisant aussi bien la beauté que l'immondice, usant de ses ralentis typiques pour accentuer certaines scènes fortes. Au final si le scénario reste un des moins abouties du cinéaste, il nous offre une psychologie des personnages intéressantes bien que déconcertantes et imparfaites, un de ses plus bels exercices d'un point de vue technique, tout cela dans une ambiance unique et dans des thématiques clés du cinéma de Peckinpah.

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# Posté le jeudi 07 juin 2007 12:52
Modifié le dimanche 10 juin 2007 09:20

La horde sauvage

La horde sauvage
Film américain. 1969. 2h25.
Sortie :17 Octobre 1969
Réalisateur : Sam Peckinpah
Avec : William Holden (Sunset boulevard, Stalag 17, Fedora), Ernest Borgnine (New York 1997, Les douze salopards, Marty), Robert Ryan (L'homme de la loi, Anzio, Echec à l'organisation)
Genre : Western
Histoire :Au sud du Texas, Pike Bishop et ses hommes s'apprêtent à attaquer les bureaux de la compagnie de chemin de fer. Mais Duke Thornton et ses chasseurs de primes les attendent au tournant. Un bain de sang se prépare
Mon avis :8/10. Auteur d'une carrière aussi brilliante qu'inconstante, Sam Peckinpah réalise sa première oeuvre majeure au bout de pratiquement une dizaine d'années d'exercice derrière la caméra. Assez bizzarement il aura fallut attendre La Horde Sauvage, pour que l'anticonformisme du cinéaste ne soit vraiment affirmé et reconnu, après quatre westerns passés plutôt inaperçu du grand public que sont New Mexico, que le cinéaste renira par la suite, Coups de feu dans la Sierra, son oeuvre la plus aboutie avant Wild Bunch malgré un aspect encore assez classique, Major Dundee, rendu inoffensif par le final cut des producteurs, et un nommée Cable Hogue, qui déroute par son ton comico-mélancolique qui ne correspond pas vraiment à l'idée qu'on se fait du cinéaste. Si la plupart de ces westerns comprenait déjà une part signifiante de l'esprit de l'auteur, le trait n'était pas assez tiré pour que ces productions sortent réellement du lot. Ce qui va être le cas pour La Horde Sauvage, oeuvre emblématique du western crépusculaire, qui comme son nom l'indique annonce la fin d'un genre en démontant l'ensemble mythologique véhiculé par le western classique, comme un personnage comme Sergio Leone l'avait déjà entrepris à travers ses westerns spaghettis. Peckinpah se trouve en total adéquation avec son époque. On est en 1969 quand sort Wild Bunch. Le mythe de l'American Way of Life vit ses derniers jours, les contestations contre l'hégémonie américaine dans le monde se font de plus en plus fortes et à l'intérieur même du pays les mouvements contestataires contre les gouvernements successifs sont à leur apogée (hippies, Black Panthers, mouvement pour les droits civiques...).
Peckinpah retranscrit ça au niveau du western en démentibulant le western classique de manière intelligente, contestataire et historique. Il tient à rétablir la réalité sur les pionniers du grand Ouest, bien trop souvent idéalisé et décrit dans une ambiance ultra-manichéenne. Il lutte contre l'aspect hypocrite de ces westerns classiques qui mettent en avant de véritables héros prêt à tout pour sauver les déshérités et leur rendre justice, alors qu'on occulte ce que ceux-ci (armées, sheriff, justicier) ont permis et ont causés durant cette conquête de l'Ouest et même après. On pense biensur aux massacres du peuple indien, mais Peckinpah lui a choisit de montrer cette aspect contradictoire à travers les accords que douteux qui existaient entre l'armée américaine et des généraux mexicains corrompus et sanguinaires, tel Mapache, les premiers finançant les seconds pour mater la révolution mexicaine des troupes de Pancho Villa qui défendent les paysans opprimés. Cette histoire renvoit forcément aux polémiques de l'époque qui tournaient autour des agissements américains au Vietnam ou encore sur l'hypocrisie gouvernementale concernant les droits civiques qui n'ont pas changés en profondeur la réalité comme cela aurait du être le cas. Ainsi on apprécie cette histoire parabolique très bien construite, où la symbolique est légion et où le cynisme est roi.
Comment faire alors pour démonter la mythologie du western classique? Peckinpah répond avec la violence, l'ultra-violence, ce qui ne manquera pas d'ailleurs de choquer à l'époque, de floutter la compréenssion et d'engendrer de nombreuses critiques réactionnaires. Si la violence est présence constamment d'un bout à l'autre du métrage de manière crue et sale, on retiendra trois scènes particulièrement parlante, la première étant le carnage introductif qui donne le ton où une fusillade entre hors-la-loi et chasseur de primes après un braquage de banque tournent en réduction de la population locale, ensuite on assiste au vol des munitions qui si il n'est pas sanguinaire est vraiment spectaculaire, enfin on atteint le summum de la violence lors du massacre final où les effets stylisés et les ralentis typique du cinéaste accentue le réalisme. Pour la première fois à l'écran la misanthropie de Peckinpah apparait si clairement à l'écran. Sa vision de l'être humain est nourrit par un cynisme exacerbé, qui n'est pas dépourvu d'humour, mais qui promet pas mal d'ambiguïtés, souvent inexpliquables, et qui pourrait bien en débouter certains. Un seul constat prédomine à travers tous les personnages rencontrés dans ce film. Que ce soit les bandits hors-la-loi, les soldats américains, les chasseurs de primes, les militaires mexicains, les femmes ou les vieux soulards du coin, ils sont tous irrécupérables, pourris jusqu'à l'os, mauvais comme on ne peut se l'imaginer : attirer par tous les vices existants, affichant un égoïsme très appuyé et se rendant tous vers une fin tragique, triste et solitaire. Même les enfants n'y échappent pas, Peckinpah ne croit pas à leur innocence, ils sont les témoins de l'atrocité humaine et dès leur plus jeune âge ils la retranscrivent et s'en habituent. Les adultes eux déambulent dans un monde pourri de l'intérieur sans fois ni loi, où seul l'immoralitée paie, et où nos différents personnages semblent happés par la modernité annonciatrice (premier western où apparaissent des fusils à pompes, des mitrailleuses et même une auto) d'une fin inéluctable pour eux étant donné qu'ils ne sont pas compatibles avec celle-ci. Et pourtant à travers tout le nihilisme véhiculé à travers ce tas de personnages irrécupérables, on est forcément touché, même si on les comprend pas forcément, par la grande palette d'anti-héros qui nous sont présentés à l'image des charismatiques William Holden ou Robert Ryan, interprètes de personnages mythiques dans leur genre.

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# Posté le jeudi 07 juin 2007 12:55
Modifié le lundi 11 juin 2007 09:37

Croix de fer

Croix de fer
Film allemand. 1977. 2h15.
Sortie :18 Janvier 1978
Réalisateur : Sam Peckinpah
Avec : James Coburn (Pat Garrett and Billy the kid, Il était une fois la révolution, La chevauchée sauvage), Maximilian Schell (Vampires, Deep impact), James Mason (Madame Bovary, The desrt fox, 20.000 lieues sous les mers)
Genre : Guerre
Histoire :Sur le front russe, un aristocrate allemand est pret a tout pour obtenir la croix de fer. Tout sauf y laisser la vie. Cette conception du metier de soldat se heurte a celle d'un vieux baroudeur place sous ses ordres. Un film sur les mefaits de l'heroisme outrancier.
Mon avis :7/10. 1978. Sam Peckinpah qui sort de la période la plus faste de sa carrière qui a durée une dizaine d'années de La Horde Sauvage à Alfredo Garcia, apporte la dernière pierre majeure à son édifice avec Croix de fer, auquel suivront deux oeuvres insignifiantes (Le convoi, Osterman Week-end) concluant la longue descente aux enfers du cinéaste, qui malgré quelques succès a toujours été taité en paria à Hollywood avant tout pour son ingérence sur les tournages où il se montre très caractériel mais aussi pour ses problèmes de drogues qui l'ont suivis durant toute sa carrière et qui finiront par l'achever. Et ce n'est pas un projet comme la Croix de fer qui va remonter sa côte du côté d'Hollywood. En effet le spitch s'avère assez osé et se présente comme du "jamais vu" pour le cinéma américain puisqu'il s'agit d'un film sur la seconde guerre mondiale du point de vue de la Whermadt, sans aucunes présence américaines. Autant dire que les financements ont été long à trouver mais le film a pu se faire, avec un petit budget certes, et c'est bien là l'essentiel. Ainsi on se retrouve dans le grand chaos de la bataille de Stalingrad, en rase campagne, où les allemands, que l'on croyait invincible, montre leurs premiers signes de faiblesse, en battant pour la première fois de la guerre en retraite. Cette bataille marquant le début de la fin pour l'armée allemande, et cela les soldats que l'on voit à l'écran l'ont bien compris. Finalement ils s'avèrent être des personnages peckinpiens par excellence, foncièrement mauvais et se fichant pas mal de leur mort. Ils se sont perdus dans leurs ambitions et ont commis l'erreur stratégique qui vont les couler. Dénuer de toute espoir, ils tombent peu à peu dans le fatalisme puis dans une suite logique dans le nihilisme. Et comme souvent, un peu par magie, ces personnages là s'avèrent, pour une parte, touchant. Ces soldats allemands s'humanisent petit à petit, ils se détachent d'eux mêmes de leur gouvernement nazi, ils ne se battent plus que pour survivre, repoussant un peu plus loin la date de leur mort. Ces soldats là ne respectent en rien leur uniforme et leur patrie, ni ne défendent pas l'idéologie de leur fuhrer. Et le plus incrédible dans tous ça, ils ne s'en cachent pas, la hiérarchie et l'ordre strict mythique de la Werhmadt tombe en pièces en quelques secondes.
Malgré ces quelques défauts historiques qu'on ne pourra pas amputer à Peckinpah, puisque ces dérives s'inscrivent parfaitement dans son univers et dans le déroulement de son histoire, celui-ci nous propose une nouvelle fois une vision de l'immondice humain dans toute sa splendeur. Il fait partie de tous ces réalisateurs (Woo, Scorsese,....) qui malgré leur rejet de la violence, ne trouvent rien de mieux pour la dénoncer, que la montrer la plus réaliste possible et ça marche. Pour l'époque les effets s'avèrent particulièrement choquants et crus, la tension ets de tout les moments, lors des scènes de combats, le chaos prédomine. A coup de ralentis esthétisant il nous décrit toutes cette violence, entre sang qui gicle, corps qui tombent empétrés dans les barbelés, explosions de mortiers devastatrices, sans oublier la description physique des soldats assez éloquentes puisqu'ils sont sales, affamés, handicapés et malades. Etrangement, même si c'est surement le plus grand déballage de violence dans toute l'oeuvre de Peckinpah, les effets s'avèrent moins choquants que dans ces autres films, celle-ci apparaissant comme normal et légitime dans un film de guerre. Toujours est-il que la réalisation est, une fois encore, impeccable avec de remarquable scènes de combats. Mais on regrette tout de même cet univers plutôt austère, vraiment pesant, qui certes retranscrit bien la situation, puisqu'on reste empetrés dans ces tranchées pendant une large partie du film comme les soldats, mais qui s'avère lassante à la fin. On se rejouit ainsi dès qu'on a l'occasion d'en sortir comme cet épisode assez surréaliste à l'hôpital où le sergent Steiner délire complètement. Et ceci est d'autant plus vrai que les interactions entre les personnages s'avèrent redondantes et sans fins entre le vieux briscard sergent Steiner, interprété par l'excellent James Coburn, ses soldats et le capitaine Stransky frilleux et fanatique, venu sur le front russe pour récupérer sa croix de fer avant de déguerpir loin de là. On peut dire que tous les différents types de personnages sont représentés, ce qui nous permer de reconstituer le parcours-type du héros allemand, de l'espoir et la croyance en une idéologie à la déchéance dans l'anonymat le plus total. Ainsi le générique d'ouverture digne d'une propagande de Goebbels s'oppose directement au générique de fin qui nous montre la bête déchu et sans une seule once d'espoir.

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# Posté le jeudi 07 juin 2007 12:59
Modifié le mardi 12 juin 2007 05:05