Sortie : 20 Février 1985
Réalisateur : Terry Gilliam
Avec : Robert De Niro (Angel Heart, Departed 2, 36), Jonathan Pryce (Baron Munchausen, Pirates des Caraïbes, Stigmata), Kim Greist (L'incroyable voyage)
Genre : Comédie dramatique
Histoire :Dans un monde sous haute surveillance, Sam, employé fidele mais peu ambitieux du ministère de l'Information, se refugie dans ses rêves, seule parade autorisée car invérifiable.
Mon avis :9/10. Un après midi d'été, Terry Gilliam se prélasse dans la ville cotière de Port Talbot où il "admire" le complexe industriel de la ville, qui fourmille d'usines grisatres, quand tout à coup le celèbre hit bossa nova des années 30 de Arry Barroso, Brazil, passe à la radio. Le contraste est total, l'esprit du cinéaste s'illumine, il voit en cette chanson l'unique échapattoire à l'oppression que représente l'univers industriel dans lesquel il navigue. Quelques emcablures plus loin, ayant muri son idée, il réussit à convaincre, après une soirée bien arrosée, un producteur de la Warner de produire son projet loufoque et osé. Cette signature quelque peu forcé aura plus tard des repercussions et donnera naissance à un conflit ouvert entre la boite de production et le cinéaste, qui se verra retirer le final cut et ne verra son oeuvre que diffusé dans un très faible réseau. Tout ça pour dire que la vie d'un film culte tel que Brazil ne tient souvent qu'à un fil, à une simple chanson, à quelques verres de trop ou à une décision punitive des studios qui en réalité créera un buzz énorme autour de l'oeuvre, la clandestinité de certaines séances director's cut nourrissant un peu plus le culte d'un film qui se suffit à lui même. En effet même sans toute l'effervescence qui entoura la sortie du film et sans tout les coups du sort qu'il connu, Brazil aurait sans aucun doute connu un identique succès critique tant il s'avère être une oeuvre unique, d'une richesse incroyable, qui a certes un peu vieillit depuis vingt ans, mais dont la poésie et la force du message reste intact et plus que jamais d'actualité.
Le film se présente comme une oeuvre d'anticipation fortement inspiré du 1984 d'Orwell pour sa vision dictatorial et bureaucratique de la société, d'abord, puis dans l'aspect même de l'histoire qui met en scène un employé modèle qui va se retrouver lancé dans une romance impossible avec une terroriste infiltré qui va lui faire découvrir, pendant de brefs instants, le véritable sens de la vie, mais qui va être aussi l'objet de sa perte. Cependant malgré les similitudes entre les deux oeuvres, on se rapproche plus de l'hommage que du plagiat, puisque Gilliam a su parfaitement imposer son style si particulier. D'abord on remarque, son fondamentale rapport à l'oeuvre de Kafka à travers l'omnipotence de la bureaucratie, composée de milliers de fonctionnaires ternes et désincarnés, totalement aliénés par leur travail, qui se retrouvent paradoxalement livrés à eux-mêmes et indivualisés par cette massification des individus. L'écrasante oppression de ce système plongent les individus qui le composent amènent à une certaine deshumanisation de ceux-ci, ils ne font ressortir que très peu d'émotions de leur être. Comme chez Kafka, le personnage principal, qui au départ nous est présenté comme un bon pion dans la société, va subir une terrible descente dont il ne pourra se relever. Ironiquement Gilliam a établit comme point départ de son cauchemar kafkaïen, le rêve que Sam Lowri effectue toute les nuits, dans lesquel il vole à la poursuite de la femme de sa bien-aimée dont il est sur qu'elle existe dans la réalité, Une petite touche onirique qui résonne comme le seul espoir et la seule raison de vivre dans la vie morose de Sam. Puis un beau jour notre ami va rencontrer la femme de ses rêves par un incroyable quiproquos qui va en appeler d'autres. L'univers fantaisiste de Gilliam va dès lors parfaitement s'accorder avec l'esprit surréaliste de son oeuvre, de par l'enchainement insensé de ses malentendus qui vont faire de Sam un complice de terroriste et un ennemi de l'Etat.
On remarque que finalement l'influence de Kafka va dépasser celle d'Orwell qui apparait pourtant clairement à première vue. Brazil se dégage de toute autre oeuvre d'anticipation, à tel point qu'on peut douter de son appartenance à ce genre. En effet alors que la plupart de ces productions s'ancrent parfaitement dans un futur proche dans lesquel une révolution aurait, consécutif à nos sociétés actuelles, auraient chamboulés les modes de vie, ici on semble plutôt être dans une réalité plus que d'actualité, on est pas dans une dictature mais plutôt dans une démocratie virant de plus en plus vers le totalitarisme et l'autodestruction. L'ancien Monthy Python va s'en donner à coeur dans la création de son univers intemporel, que l'on pourrait croire futuriste à la vue de gadgets modernes qui y fourmillent, mais qui en même temps utilise une imagerie très retro avec des décors et des costumes parfois très haut en couleurs quand on se trouve en dehors des univers industriels à tendance grisatre. Les images sont bourrés de détails, pas mal d'incrustrations burlesques sont effectuées, le travail de photo est extraordinaire et particulièrement nuancé alors que la mise en scène est plus que jamais un délice. Pour une première oeuvre le cinéaste se révèle être quasiment au sommet de son art, mettant en avant ses facilités techniques (usant et abusant de travellings avants et arrières) et son gout du détail dans la mise en scène. Malgré tout il garde une certaine sobrieté hormis sur les quelques soubresauts onirique qui préfigure de l'univers qui sera développé dans le Baron de Munchausen. En plus de cela il bénéficie d'un excellent casting, éclaboussé par la seul interprétation de Jonathan Pryce, qui réussit le petit exploit de faire oublier la prestation de Robert De Niro, qui joue parfaitement de son charme naturelle duquel se dégage une innocence certaine. Avec tous ces atouts en poche, Brazil s'impose comme un film unique et inclassable, marqué par sa noirceur visionnaire, son côté glauque et son pessimisme d'un côté mais aussi par sa décharge d'éléments émotionnels, qui se dégagent d'un autre côté, de par son aspect poétique, romantique, onirique et loufoque. Une oeuvre pleine, la meilleure de Terry Gilliam à ce jour, avec en prime une fin somptueuse, ce que le cinéaste brittanique ne peut se targuer de réussir à chaque coup.
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